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Voyage d’étude en Suède

Le voyage en Suède de neuf collègues du Pôle Petite Enfance de la Fédération.

Qui est le Pôle Petite Enfance de la Fédération ? Comment s’est-il formé ?

Suite à la venue en 2009 de la pédiatre allemande Michaela Glöckler responsable de la Section médicale du Gœtheanum à Dornach en Suisse – au congrès « Petite Enfance » de la pédagogie Steiner-Waldorf en France et à la prise de conscience de la nécessité d’un travail pédagogique pour la première enfance dès la naissance, les nombreux échanges ont abouti à la constitution d’un groupe motivé pour prendre en charge ce premier âge. Pour ce faire, une formation de formateurs a eu lieu au Gœtheanum de 2011 à 2013, animée par Michaela Glöckler et Geseke Lungren – formatrice suédoise (1). A la suite de cette formation, le groupe a poursuivi son travail de recherche, développement et formation grâce à un budget spécifique obtenu auprès de la Fondation Michaël. Et depuis l’année dernière, il a rejoint la Commission Petite Enfance de la Fédération Steiner-Waldorf pour constituer le Pôle Petite Enfance avec quinze membres.

Pourquoi ce voyage en Suède ?

Pendant notre formation à Dornach, Geseke Lungren nous avait invitées à faire un voyage d’études en Suède pour y percevoir la vie de la pédagogie Steiner-Waldorf pour la petite enfance. Nous avons pu le mettre à réalisation ce printemps, du 8 au 15 avril 2017, pour neuf d’entre nous. Tout au long de notre visite, nous avons été accompagnées par Gudrid Malmsten, jardinière d’enfants à Stockholm, dont la collègue avait pris l’entière responsabilité du groupe d’enfants pour toute la semaine afin que nous bénéficiions de sa présence – Fin des années 80, Gudrid avait été jardinière au jardin d’enfants de Pau pendant quelques années et parle donc français -. Geseke et Gudrid, nous avaient mis en place un programme très riche de visites de lieux dans la capitale et à Järna, au sud de Stockholm.

Geseke à gauche, Gudrid à droite, dans le lieu central d’un des jardins d’enfants de l’école Christopher, la première école de Stockholm, où se trouve aussi le centre de formation des professeurs

Nous avons bénéficié de conférences d’un haut intérêt de la part de médecins sur le sommeil et l’influence de l’environnement sur la santé du petit enfant, s’ajoutant aux riches apports pédagogiques de nos deux collègues suédoises. Notre réflexion a été vivifiée et supportée par l’observation des lieux et les échanges avec les jardinières rencontrées. Quelques axes forts de leur orientation pédagogique sont la présence de la nature, la simplicité des lieux liée à la nécessité et de petits groupes pour les plus petits (à partir de 18 mois, quelquefois un an) favorisant la relation enfant-adulte, d’être à être. Nos formations vont se trouver enrichies de ces connaissances et expériences. Nous ferons des comptes rendus des visites et des apports reçus.

Jardin d’enfants

Jardin d’enfant Apfelgarden

L’accueil a été chaleureux dans ce pays aux paysages magnifiques où nous avons trouvé le froid – et

même la neige – mais une vie pleine de chaleur dans les lieux très liés à la nature!

Voici le récit de notre première réunion de travail portant sur la situation du mouvement des jardins d’enfants en Suède :

Le dimanche matin 9 avril 2017, accompagnées par Gudrid nous marchons à travers les rues de Stockholm et nous retrouvons Geseke au jardin d’enfants Johannes, l’un des 25 jardins d’enfants de Stockholm.

En prologue, nous avons une pensée pour Emilie, et pour tout le travail effectué, dont le travail sur le financement avec Françoise E. pour rendre ce voyage d’études réalisable …, une pensée pour Rosina et Danièle qui n’ont pas pu se joindre à nous alors qu’elles l’avaient prévu… une pensée pour ce qui s’est passé en Suède la veille de notre arrivée (attentat dans Stockholm !)

Geseke nous dit que la Suède est un pays de paix, où il n’y a plus eu de guerre depuis 230 années et qu’elle espère que cela continuera…

Le groupe a une grande reconnaissance pour l’accueil et tout le travail de préparation effectué.

C’est un rêve qui se réalise !

Geseke nous fait un bref «historique et état des lieux » :

En 1988, elle a commencé à travailler dans une cave, quelques rues plus loin, avec une jardinière qui avait beaucoup d’expériences. Pour elle, c’est donc très particulier de nous rencontrer ici ! Elle est également ravie que Gudrid soit parmi nous. Elles ont commencé à travailler ensemble dans les années 1990, travail de formation pour adultes et travail à l’international.

Geseke ne travaille plus auprès des enfants mais Gudrid travaille encore auprès d’eux!

Situation des jardins d’enfants en Suède

Depuis les années 1980, les jardins d’enfants Waldorf et les autres pédagogies alternatives sont financés par l’État.

Selon les districts, les financements par enfant diffèrent.

La Suède est un pays qui a des impôts très élevés. Le niveau d’impôt le plus bas est de 30/31% du revenu. En contrepartie, le standard de vie est élevé car l’État finance beaucoup les besoins sociaux (éducation, santé, transport, retraites, culture) ; par contre il y a moins en liquidité disponible par habitant. Peu de parents ont assez d’argent pour envoyer leur enfant dans une école privée payante.

Les jardins d’enfants sont régis par les municipalités ; les écoles par l’État.

Comme les jardins d’enfants sont subventionnés, ils doivent tenir compte des indications officielles du Ministère de l’Éducation. Ils sont de plus en plus contrôlés par L’État. Cela rétrécit de plus en plus le champ d’actions car lois sont de plus en plus contraignantes. Cependant, tout en suivant les indications du programme officiel, ils peuvent tout de même les décliner à leur façon. Ils doivent, par exemple, respecter le nombre d’heures d’ouverture : de 10 à 12H par jour. Ces exigences ont demandé beaucoup de travail de concertation avec les parents pour réduire les horaires et également pour avoir des groupes à petits effectifs.

Un jardin d’enfants d’État accueille beaucoup d’enfants (de 80 à 100). Il y a 23 à 25 enfants dans un groupe et le personnel tourne d’un groupe à l’autre. Ils sont ouverts de 7 h à 19h.

Le nombre d’enfants par adulte, ratio donné par l’État, est différent du reste de l’Europe : 8 à 9 enfants par adulte au dessus de 3 ans, 5 enfants en dessous de 3 ans. La prise en charge financière est donc plus importante pour les enfants de moins de 3 ans.

Les jardinières effectuent 40 heures de travail par semaine, comprenant les réunions avec les parents, les temps de collèges … (2 heures hebdomadaires). En Suède et en Norvège, les travailleurs ont un long temps de travail, comparé aux autres pays européens. Jusqu’à 40 ans, les professionnels ont 4 semaines de congés payés. Après 40 ans, ils ont 5 semaines.

En ayant une enveloppe financière pour 8 à 10 enfants de plus de 3 ans par adulte, il est vraiment possible de créer un « rythme comme à la maison », de recréer l’ambiance familiale au sein d’un groupe de jardin d’enfants et d’avoir un rythme qui englobe la journée entière et non plus seulement la matinée. Cela est important, et pour les enfants, et pour les adultes.

Les jardins d’enfants sont ouverts toute l’année avec une possibilité de fermeture de 4 semaines en été. Les besoins d’ouverture sont vus avec les familles. Notre visite a lieu pendant la semaine de Pâques. Il y a donc moins d’enfants accueillis et l’accueil se fait parfois par des remplaçants.

Il n’y a pas de crèche en Suède car les parents peuvent rester auprès de leur enfant la première année et demie.

Jusqu’en 1996, le congé parental était de 3 ans avec maintien du poste de travail pour le parent. L’allocation de congé parental n’était pas équivalente au salaire mais en représentait un peu plus de la moitié. Après 1996, il est passé à 18 mois.

En Suède, un très grand effort a été fait pour créer l’égalité entre les genres. Dès lors, de plus en plus de pères peuvent maintenant aussi s’occuper de leurs enfants. Ainsi, le père a droit au congé parental. Si le père ne prend pas sa part du congé parental, 2 mois de congé parental sont enlevés à la famille. Si la famille est monoparentale, le congé est de 18 mois. Si les mères veulent reprendre leur travail plus tôt, elles ont le droit de faire une demande en jardin d’enfants, au plus tôt à partir de 9 mois.

Les Jardins d’enfants Waldorf encouragent les parents à être patients et à garder leur enfant le plus longtemps possible.

Une visite dans un lieu accueillant des plus petits est prévue pour le mardi.

Généralement aujourd’hui dans les jardins d’enfants, les enfants de 1 an ½ à 3 ans sont séparés des autres tranches d’âge. Cependant dans certains jardins d’enfants, il peut y avoir des enfants de 18 mois à 7 ans dans un même groupe ; dans ce cas-là, les professionnels veillent à protéger les plus petits – rythme et espace pour les petits -. Cette dernière situation permet de grandir un peu dans une ambiance familiale. Les frères et sœurs peuvent être ensemble.

Dans la pédagogie Steiner-Waldorf, l’âge d’entrée à l’école se fait dans la 7ème année – si l’enfant a ses 7 ans en décembre par exemple, il entre à 6 ans ½ – ; tandis qu’elle se fait dans l’année des 6 ans dans les structures officielles.

Dans les écoles Waldorf suédoises, il existe presque partout une pré-classe, la classe 0, qui est une zone de transition. Dans cette classe, on essaie de favoriser les capacités de jeu du petit enfant. Cela dépend cependant des enseignants. Mais les enfants se trouvent déjà en situation de possible concurrence puisque ce sont tous des enfants de 6 ans. Pour Geseke, ce n’est pas une bonne chose, et d’ ailleurs en Suède peu de personnes sont contentes avec cette situation. En fait, certaines écoles sont contentes d’accueillir plus d’enfants. Et souvent ils sont pris à l’école alors que les jardinières disent que les enfants ne sont pas mûrs. Le geste général est de commencer plus tôt. Dans les situations officielles il n’y a pas le choix, les enfants doivent aller dans ces classes préparatoires dès 6 ans. Mais la loi permet de choisir car elle n’a pas changé. Donc, les parents peuvent choisir. Les parents peuvent demander que leurs enfants restent au jardin d’enfants. Mais ils n’en sont pas informés.

Il n’y a que dans les écoles Montessori et Waldorf qu’il y a quelques enfants de 6 ans dans les jardins d’enfants. Dans les écoles officielles, les enfants apprennent à lire, à écrire, et les mathématiques dans ces classes de transition. Dans les écoles Steiner, ils essaient de préserver le jeu dans ces classes, mais ça dépend des professionnels.

Voici une vision rapide de l’organisation du mouvement des écoles Steiner en Suède : 79 jardins d’enfants ; 43 écoles dont 4 ou 5 vont jusqu’à la 12ème classe, beaucoup finissent en 9ème classe (2).

 

Jardin d’enfants de l’école Christopher de Stockholm

 

Jardin d’enfants Les Tilleuls

 

Jardin d’enfants Saga

Quelques membres du groupe lors de la visite du Musée de plein-air Skansen

Deux témoignages :

« C’était un temps d’exception, un peu comme le temps des nuits saintes, hors de notre espace, hors de notre temps et tout prend, de ce fait, une qualité particulière, forte, expressive. J’ai été touchée de la simplicité qui émanait des jardins d’enfants que nous avons visités, touchée aussi du fort et vrai lien avec la nature, les éléments. Et beaucoup de rencontres humaines comme des cadeaux.
Et je retiens parmi tous les beaux apports que nous avons eus, ce « passer par la connaissance » de Geseke en résonance avec mon bout de chemin actuel.
Il me reste une moisson d’images, d’ambiances, de souvenirs et c’est comme un grand tableau vivant qui m’accompagnera dans mon quotidien à la crèche. »

« Chaleur et Lumière » sont les termes qui vont qualifier pour moi ce qui a été marquant ; la chaleur dont nous avons été entourées lors de notre séjour, la chaleur dont sont entourés les petits enfants ici…
Nous percevons que cette lumière extérieure guide la nature et les hommes dans leurs activités, notamment celles des lieux d’accueil des petits enfants. …
Et puis il y a la lumière de la conscience, cet éveil qui habitait tous les apports que nous avons reçus : « Il n’y a pas de sagesse sans conscience » nous dit Geseke. Conscience de l’importance de l’environnement simple et essentiel qui entoure le petit enfant. « La simplicité a besoin d’être créée autour de la nécessité. » nous a dit l’une des jardinières. »

1 Elle est active en pédagogie Waldorf depuis de nombreuses années. Elle a tout d’abord été formée en tant que professeur de classe. Plus tard, elle a été formé pour l’éducation de la petite enfance et depuis 1997 elle est active dans la formation des adultes. Elle travaille pour l’association suédoise pour la petite enfance en pédagogie Waldorf (principalement avec la formation continue, le tutorat et la sensibilisation), ainsi que pour l’Alliance pour l’enfance en Suède. Elle est aussi responsable pour un des centres de formation pour la petite enfance en Chine, à Nanjing. De même, elle enseigne régulièrement en France dans des cours pour la toute petite enfance (les moins de 3 ans) organisés par CEFOME à Nice.

2 Aujourd’hui, il y a 1092 écoles Steiner-Waldorf dans 64 pays et 1857 jardins d’enfants Waldorf dans plus de 70 pays.