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Atelier avec M. Peter Piechotta autour et avec de la cire d’abeilles

Qu’est-ce que l’abeille a à faire avec l’économie et le processus U ?

En préliminaire à son propos tourné vers la cire d’abeilles, M. Piechotta (Administrateur de la Neuguss, présentée ci-dessous) nous accueillit en nous donnant un morceau de cire d’abeilles fraîche, brune, odorante, et nous en fit goûter…… tout en expliquant sa fabrication : exsudée entre les écailles de l’abdomen par les abeilles, c’est de la lumière densifiée en matière.

Puis, chaque participant était invité à la tenir dans sa main gauche, en fermant les yeux… et à observer l’effet que cela lui faisait, en concentrant son attention sur cette sensation uniquement. Certains parlent alors de sensation de chaleur, d’autres de stimulation d’une microcirculation dans la main…Commentaire de M. Piechotta : si l’on persévère dans cette attention portée à l’effet du morceau de cire dans notre main : on le sent qui remonte dans le bras … car la cire est une matière vivante, très sensible, et on peut même ressentir ce que cette cire a vécu dans tout le transport qu’elle a eu depuis sa fabrication jusqu’à nous.

Stockmar utilise aujourd’hui de la cire provenant essentiellement de Tasmanie (sud de l’Australie), ou importée d’Afrique (une forêt préservée au Kenya, une zone protégée en Tanzanie), car les pays comme l’Allemagne et d’Europe ont un taux de pollution généralisée tel que la cire n’aurait plus les qualités attendues pour un travail en finesse. L’agriculture intensive en Europe nuit gravement à la ruche et à la qualité de la cire, une cire d’abeille contenant environ 300 composés différents.

Ayant ainsi plongé ses auditeurs dans le parfum et la texture de cette matière particulière, véritable merveille de la nature, image d’une métamorphose qui est pour nous humains une source inépuisable de bienfaits, « les professeurs des grandes classes de l’école Waldorf peuvent se réjouir lorsque les petits ont utilisé de la cire d’abeilles », M. Piechotta développa une image du processus U, également visible dans l’évolution de notre société, qu’il mit en parallèle avec les processus de vie de la ruche.

La première étape décrite, celle du haut de la branche de gauche du U est celle des temps antiques pour l’humanité : c’est la religion qui régnait, le « tu dois », du point de vue des arts le temps du temple, qui s’est progressivement mué, au fil des siècles, en une autre étape, celle du « il faut que », loi dictée par la science, l’économie et tous ses disciples. L’être humain en arrive ensuite, dans un geste vers le bas que l’on peut qualifier de « geste d’incarnation », à la troisième étape, au moment où il est en mesure d’agir à partir de sa volonté propre, « je veux » et peu à peu, nous agissons tous à partir d’une connaissance commune. M. Piechotta met cette étape en lien avec la peinture. Nous voilà au fond du U où nous devons agir à partir d’une communauté et de connaissances partagées. La musique existe alors dans ce temps. C’est aussi ainsi que fonctionne la ruche.

Lorsqu’une communauté d’abeilles devient très importante, cette ruche élève une nouvelle reine. Alors il y a essaimage : 10 000 abeilles s’envolent avec la nouvelle reine. Dans ce groupe il y a un immense enthousiasme. Des abeilles cherchent où fonder leur nouvel habitat. A l’intérieur de l’essaim, les abeilles forment un sol pour danser, et les abeilles dansent et partagent ainsi ce qu’elles ont rencontré comme possibilités dans les environs. Dans une école Waldorf, nous ne devons pas seulement avoir de beaux bâtiments et de belles peintures…Mais également une belle communauté, bien que nous ne travaillions pas dans l’économie. Les élèves d’une école Waldorf observent et remarquent tout. Tout doit être beau, la langue que nous parlons également.

Lorsque nous remontons à droite sur la branche du U, viennent les langues et la poésie, puis la danse et enfin, tout en haut de la branche de ce U une architecture sociale, les hommes de la communauté formant les colonnes du temple, le fronton au-dessus étant la vision spirituelle nécessaire au fonctionnement de cette communauté.

Mais le danger serait que l’homme se transforme en un « homo economicus », et que s’instaure ensuite une forme de totalitarisme, une dictature économique écrasant l’homme. M. Piechotta explique comment cette « sculpture sociale », disposée dans le U à l’opposé de la situation initiale, implique un complet retournement.

L’atelier de l’après-midi débuta avec un exercice à partir de plaquettes de cire Stockmar :

Chaque participant était invité à modeler en une forme simple une représentation du concept de « communauté ». Une fois la chose réalisée, chacun a échangé son modelage avec son voisin, et le propos était de rendre plus expressif et manifeste ce que nous ressentions du geste exprimé par notre voisin. Les « œuvres » ainsi obtenues offrirent aux regards de beaux rendus tout en finesse. Un très bel exercice social !
Le propos qui suivit était de savoir comment peut donc se réaliser ce que M. Piechotta nommait : « une sculpture sociale » ? Le conférencier commença par dérouler le fonctionnement d’une ruche : des abeilles ouvrières, nourrices, gardiennes, et une reine pondeuse. Au bout de 5 années, la reine est « vieille ». Les ouvrières en élèvent donc une nouvelle (avec une alimentation spéciale, la gelée royale). La nouvelle reine ayant atteint le degré de maturité voulu, elle va s’envoler de la ruche, accompagnée d’environ 10 000 individus. Ce nouvel essaim s’accroche à une branche à deux endroits distincts, préalablement enduits de cire. Puis, les abeilles de l’essaim partent explorer les alentours pour trouver l’endroit susceptible de devenir la nouvelle ruche. Si l’une d’entre elles trouve un endroit « intéressant », chacune sera encouragée à explorer elle aussi, et vérifier les dires des autres. Puis, celles qui ‘savent’ effectuent une danse sur le dos de leurs congénères, communiquant ainsi leur trouvaille. Pour finir, ce sont des milliers d’abeilles qui dansent, qui vibrent de concert, se communiquant les unes aux autres la trouvaille.

Ce processus de formation d’une ruche est une image de ce qu’attendrait la jeune génération actuellement pour les choix de vie qui s’imposent : une respiration vers l’extérieur (voyage, nouveau job, changement d’horizon…), puis un travail à l’intérieur de soi, dans un geste de ramener vers la communauté la richesse des nouvelles découvertes, des nouveaux acquis.

En 1923, Rudolf Steiner avait travaillé avec les professeurs, les écoles démarraient.

L’agriculture avait reçu de nouvelles impulsions, jusque dans le détail de préparations spécifiques. Mais il n’y avait pas d’indications particulières quant à l’économie. Alfred Rexroth hérite de son père d’une aciérie. Il connait les concepts de Rudolf Steiner. Il vend tout ce dont il hérite et donne l’argent à une banque, la GLS-Bank. Les écoles avaient besoin d’argent, ainsi nait cette banque qui prête et donne. (GLS : Geld Leihen und Schenken)

Aujourd’hui neuf entreprises sont rassemblées en une holding, la NEUGUSS, soit 400 employés et 50 000 000 d’euros de chiffre d’affaire. (StockmarMercuriusRexroth MaschinenbauOloïd – Ahu…) Son propos est de faire circuler l’argent de façon différente, que la vie spirituelle ensemence l’économie. En effet, le bon fonctionnement de l’économie repose sur les idées, et les idées sont issues de la vie économique.

Si l’on veut avoir un lien avec la vie spirituelle, on doit donner pour cette vie spirituelle. C’est cela le travail de la « Neuguss », de redistribuer l’argent pour les élèves, les cliniques, l’eurythmie, les médecins, l’art.

C’est dans un mouvement perpétuel d’inspire et d’expire entre les différentes parties de l’organisme social que les actions seront porteuses d’avenir.

Nous remarquons que les jeunes changent beaucoup de secteur de nos jours. Ils font des expériences dans différents domaines, l’industrie, la banque, l’agriculture. C’est à 28 ans qu’ils reviennent et sont alors capables de s’engager consciemment dans un secteur déterminé et d’y être actifs.

Nous devons être capables d’être dans un processus permanent de transformation. Et nous avons besoin d’un équilibre entre vivre et travailler. Partout, dans tous les secteurs d’activités, nous avons besoin de l’homme dans son entier.

C’est une économie associative que nous devons développer et nous devons travailler dans l’entreprise avec la sympathie et la compassion. Il doit exister une circulation entre le domaine économique de l’entreprise, l’agriculture et les écoles, c’est ainsi que les hommes seront complets. Et c’est la pédagogie qui est à la base. Les jeunes éduqués avec un esprit libre peuvent développer les nouvelles idées dont le monde a besoin. Alors ils s’investissent dans les institutions.

La cire d’abeille est l’image de cette spiritualité. Les abeilles sont allées récolter ce qu’il y a de plus subtil sur terre. Elle se sont liées au nectar de la fleur, à la lumière et à la chaleur. Ce don d’amour, de chaleur et de lumière est matérialisé dans le don de cire qu’elles nous font, tout autour de la terre. Une feuille de cire d’abeille d’un millimètre d’épaisseur pourrait faire un voile tout autour de notre planète. Des millions d’abeilles œuvrent à cette transformation de lumière en matière. Lorsque l’abeille s’unit à la fleur, c’est un acte d’amour. Alors la fleur de ferme et la graine se forme.

Aujourd’hui le monde de l’entreprise compte sur les écoles, car ce sont de leurs élèves que viendront les idées nouvelles qui renouvelleront l’entreprise et l’économie.

S’il n’y a pas d’idées nouvelles, l’entreprise meurt et ne peut plus fonctionner sur d’anciens modèles. C’est aussi ainsi dans la ruche : S’il n’y a plus de ressources les abeilles se partageront les dernières provisions, puis la ruche meurt. Aujourd’hui des entreprises ferment et tous leurs ouvriers se retrouvent sans ressources.

La vie spirituelle ne peut se développer qu’avec de l’argent de dons.

Les impôts sont aussi de l’argent de don. Mais cela est organisé par l’état, qui ne devrait pas faire cela. Si ce n’est pas de l’argent de don libre, alors il n’est pas possible de vivre la fraternité dans le monde économique, et le nouveau ne peut pas apparaître.