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Pédagogie Steiner :
une controverse non justifiée


Rébecca Shankland Psychologue.
JDPPetite Enfance - Janvier-Février 2011

Les écoles Steiner, également appelées Waldorf, font partie des écoles à pédagogie dite nouvelle, mais elles se distinguent des autres par une organisation plus structurée de l'enseignement proposé par son fondateur en fonction des étapes du développement de l'enfant. Accusées de manière injustifiée de secte, les écoles Steiner se développent difficilement en France, tandis qu'il en existe près de 800 dans le monde, dont un très grand nombre dans nos pays voisins (Allemagne, Suisse, Pays-Bas.,.).

Il s'agit d'une pédagogie à la fois très appréciée des élèves et efficace en termes d'apprentissage et de réussite, comme le démontrent de récentes études.

Comment expliquer la stigmatisation d'une telle pédagogie alors qu'elle semble correspondre de près aux besoins éducatifs actuels ?

L’égalité des chances

Les écoles Steiner existent depuis bientôt un siècle. La première école est fondée en 1919 par Rudolf Steiner en Allemagne pour les enfants de parents travaillant pour l'usine Waldorf-Astoria. Son but est de promouvoir une école accueillant des enfants de toute origine sociale. Le parcours universitaire particulièrement riche de Rudolf Steiner - médecine, psychologie, philosophie, lettres - lui permit de chercher à concevoir une pédagogie correspondant à l'ensemble des besoins de l'enfant intellectuels, physiques, affectifs. En effet, il considérait que le rôle de l'école était de participer à l'épanouissement de la personne par la pratique équilibrée d'activités complémentaires. L'originalité de son approche, qui rend particulièrement pertinente la présence de ce type d'école au sein de notre société, consiste à permettre à chacun de trouver sa propre voie et non celle tracée par sa famille. Les écoles proposent ainsi la découverte d'un large éventail d'activités, de techniques et de métiers parfois oubliés ou dénigrés aujourd'hui. On passe ainsi des cours de menuiserie, tissage, vannerie, couture et forge à la réalisation de projets personnels tels que des productions artistiques, des essais critiques ou des recherches thématiques ; le tout agrémenté de cours portant sur les apprentissages fondamentaux de la langue et des sciences. Les stages sont également très utiles au choix d'une orientation future : stages en milieu industriel, stages sociaux, etc. Rudolf Steiner poursuivait ainsi l'objectif suivant:« Lorsque, à l'avenir, le futur menuisier et le futur mécanicien seront assis avec le futur enseignant sur un même banc d'école, nous évoluerons vers une éducation qui sera à la fois globale et spécialisée ». L'égalité des chances est aussi rendue possible grâce à la poursuite d'un enseignement général pour tous jusqu'en terminale. Les écoles Steiner ne proposent donc aucune orientation scolaire vers des filières techniques, mais une attention particulière est accordée à chaque enfant pour l'aider à progresser en fonction de son niveau.

Pour un développement équilibré de la personne

Comme pour l'ensemble des écoles à pédagogie nouvelle, l'objectif principal est la construction de l'individu, non l'accumulation de connaissances. Il s'agit surtout de développer ses potentialités, d'apprendre à se connaître et d'apprendre à apprendre. Les pédagogues cherchent ainsi à favoriser l'autonomie, la liberté de pensée et la possibilité de trouver sa voie, de même que sa place dans la société. C'est pour cette raison que le cursus Steiner est conçu du jardin d'enfants jusqu'à l'entrée dans l'enseignement supérieur permettant ainsi le développement progressif des différentes compétences et l'apprentissage de l'implication dans la vie sociale en fonction de l'âge (participation aux tâches ménagères pour les plus petits ou à l'aide aux personnes en difficulté pour les plus grands, par exemple). Contrairement aux autres écoles à pédagogie nouvelle, l'ensemble du groupe-classe suit donc un programme prévu à l'avance par les enseignants, car l'organisation de la scolarité est structurée de façon à respecter les phases de développement de l'enfant et à conserver un équilibre entre les différents types d'activité. On retrouve donc un tiers d'activités « intellectuelles », mais toujours abordées sous un angle vivant, c'est-à-dire en passant par l'expérience concrète (par exemple, en CE2 on commence à apprendre les fractions en confectionnant du pain avec la classe qui sera ensuite divisé en deux, quatre, huit, etc.), un tiers d'activités d'ordre physique, gestuel ou manuel et un tiers d'activités artistiques favorisant l'éveil de la créativité et l'expression personnelle. Ici, l'art n'est pas considéré comme une fin en soi (ce n'est pas une école qui vise à former de futurs artistes), mais un moyen qui contribue au développement et au bien-être individuel.

Prévention de l'échec scolaire

Le groupe-classe reste presque identique jusqu'à la fin de la scolarité (hormis quelques départs et quelques arrivées) permettant d'établir une continuité pour l'enfant et le groupe qui devient un repère et un soutien. Cette continuité est renforcée grâce au suivi de la classe par un même enseignant principal sur une durée de six à huit ans. Cela permet un suivi personnalisé des apprentissages de chaque enfant sur le long terme, évitant le morcellement des apprentissages et le manque de connaissance et de compréhension des fonctionnements des individus membres de la classe. L'organisation de la pédagogie Steiner permet ainsi de lutter contre l'échec scolaire pour plusieurs raisons : le suivi individualisé approfondi (un même enseignant principal), le soutien des pairs (stabilité des membres de la classe et faible mise en compétition du fait de l'absence de notes jusqu'au collège), la continuité de la scolarité (absence de changement d'établissement en fin de primaire et fin de collège qui évite la confrontation à des ruptures lors de périodes délicates), et l'absence de politique de redoublement (il est à noter que les recherches (Paul et Troncin, 2004) montrent que le redoublement n'est pas efficace en termes d'aide à la progression, mais entraîne plutôt une démotivation de l'enfant). À l'inverse, les élèves du système scolaire traditionnel sont soumis à de multiples changements. Par exemple, la plupart des élèves n'ont pas les mêmes camarades de classe d'une année sur l'autre. Or, il n'est pas simple de gérer à la fois un changement externe (l'arrivée dans un nouveau collège) et un changement interne tel que les transformations pubertaires. Cependant, en France il existe peu d'écoles Steiner allant jusqu'au lycée et une seule école proposant une classe de terminale. Ces élèves sont donc soumis aux nécessités d'adaptation à l'arrivée au collège ou au lycée comme ceux du système scolaire traditionnel.

Adaptation à la sortie de la scolarité Steiner

Les parents sont souvent inquiets concernant l'adaptation à la sortie de la scolarité Steiner. Ils redoutent notamment des lacunes au niveau des connaissances étant donné que l'école Steiner ne suit pas exactement le programme de l'Éducation nationale. Ils craignent également la présence d'un décalage par rapport à la société actuelle, du fait d'un trop grand idéalisme cultivé dans ces écoles. Pourtant, on note que le pourcentage d'obtention du baccalauréat pour une cohorte d'élèves Steiner de sixième est de 63 % contre 49 % pour la moyenne nationale. Ces résultats soulignent que les écoles Steiner n'agissent donc pas en défaveur des apprentissages. D'autre part, les résultats d'une récente étude réalisée en France (Shankland, 2009') s'avèrent aller dans le sens d'une plus grande qualité de l'adaptation des participants issus d'écoles à pédagogie nouvelle : niveaux d'anxiété et de dépression moindre lors de l'arrivée dans l'enseignement supérieur, plus grande satisfaction par rapport à la vie actuelle et meilleurs résultats universitaires au premier semestre (moyenne générale de 12 contre 10 pour les participants issus du système scolaire traditionnel). Ces résultats peuvent, en partie, être expliqués par les caractéristiques suivantes, qui sont plus présentes parmi les sujets issus des pédagogies nouvelles : stratégies d'adaptation (ou « coping ») davantage centrées sur la résolution de problème et sentiment de compétence personnelle (ou « auto-efficacité ») plus important. En revanche, on n'observe pas de différence significative concernant la satisfaction par rapport à l'orientation choisie (plus de 80 % de la population totale lors du dernier bilan), malgré les différences de choix de filière (les sujets des pédagogies nouvelles s'orientent plus vers les filières artistiques ou d'accompagnement). Comparativement aux élèves, les participants issus d'écoles Steiner sont nombreux à déclarer que la scolarité les a aidés à développer confiance en soi et en l'avenir, créativité, goût pour les apprentissages, et compétences sociales comme l'entraide et la solidarité.

D'après les résultats des recherches portant sur les écoles Steiner, il est possible de considérer que cette forme de pédagogie n'a pas d'effet délétère sur le développement de l'enfant. Alors, pourquoi ces établissements sont-ils souvent stigmatisés ? Pour plusieurs raisons, dont la principale concerne le fondateur lui-même. Rudolf Steiner développa une conception ésotérique de l'homme avec une philosophie propre. On pourrait ainsi craindre un certain « endoctrinement » dans ces écoles. Pourtant, lors d'une enquête' réalisée dans plusieurs écoles par la commission de lutte contre les sectes, aucune pratique d'endoctrinement n'a été répertoriée. Ainsi, même sans adhérer à la philosophie du fondateur, il est possible de profiter de la pédagogie Steiner sans risques particuliers.

© JDPPetite Enfance 2011


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