Blog

Retour sur les assises de l’école maternelle

Les premières Assises de l’École Maternelle, se sont achevées au terme de deux journées très denses. Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale a confié la préparation de ces assises au neuropsychiatre Boris Cyrulnik avec comme objectif de repenser la maternelle pour en faire une véritable « école du langage et de l’épanouissement« .

Dans son introduction, ce dernier a insisté la nécessité de s’adapter aux nouveaux enfants qui ont bien changé. En effet  on constate ces dernières années, une accélération dans leurs processus de développement : ils sont plus grands en taille, et ont un développement plus rapide. A cela se rajoute de grandes différences dans la vie sociale : les familles sont plus restreintes, ont moins d’enfants, sont plus isolées, l’environnement et les conditions de vie ont bien changé.

Ces assises ont été l’occasion de faire le point sur la place de l’école maternelle dans le système éducatif et de définir les pistes pour accroître sa contribution à la réussite et à l’épanouissement des enfants.

Des techniques pédagogiques et éducatives qui ont fait leur preuve, ont été mises en avant à l’occasion des assises inspirées par la recherche et fondées sur les meilleures pratiques, y compris au niveau international. À travers des conférences et des témoignages, ces deux journées de travail ont favorisé le partage de connaissances et d’expériences autour d’un objectif : mettre en évidence comment la « dimension affective » et les interactions entre pairs encouragent la confiance en soi, base nécessaire au développent du langage qui est la porte vers tous les autres apprentissages. L’école doit donc être un lieu d’égalité sociale mais aussi un lieu d’épanouissement qui prend en compte les besoins spécifiques des jeunes enfants : développer la créativité par le jeu, le dessin, le musique, les contes etc…Mais aussi la nécessité de revoir les modalités pédagogiques comme par exemple la manière de penser l’aménagement de l’espace dans les classes.

 Jean-Marc Huart, directeur général de l’enseignement scolaireconclue ses deux journées en affirmant que c’est une nouvelle école maternelle qui se dessine. La mise en œuvre de ces objectifs passe par le renforcement de la formation des enseignants. Mais aussi par celle de leurs collaborateurs au sein des classes, les Agents Territoriaux Spécialisés des Écoles Maternelles (ATSEM) dont le rôle essentiel au cœur de l’école maternelle et la place au sein de la communauté éducative ont largement été commentés pendant les Assises. Il a également assuré que les liens entre l’enseignement et le monde de la petite enfance seront renforcés et rappelé l’implication essentielle des parents dans l’école car ce sont « des alliés du quotidien ».

On peut néanmoins regretter comme l’a exprimé Julie Marty-Pichon, coprésidente de la Fédération Nationale des Éducateurs de Jeunes Enfants (FNEJE), qu’aucun professionnel de la petite enfance n’ait été convié à la table-ronde où devait être abordée « la continuité entre les structures d’accueil de la petite enfance et l’école » (en réalité le thème a été à peine effleuré). Pas un mot sur les projets passerelles notamment. Seules les interventions de la salle ont permis de mettre en évidence les liens qui pouvaient se nouer entre crèche et école maternelle. A Bordeaux par exemple, dans certaines classes maternelles, un trio de professionnels travaille ensemble : professeur des écoles, ATSEM et auxiliaire de puériculture. Des initiatives intéressantes mais coûteuses pour les communes.

Les perspectives ouvertes par ces deux jours où chercheurs, professionnels de terrain et élus se sont côtoyés, sont maintenant à approfondir collectivement. Des groupes de travail – réunissant les acteurs et partenaires de l’école – vont être mis en place dans les prochains mois pour penser des déclinaisons concrètes. Ces Assises de l’Ecole Maternelle auront donc permis «d’ouvrir une nouvelle page de l’école dont nous sommes fiers » a conclu Jean-Marc Huart.

Évidemment on retiendra de ces Assises l’annonce par le président de la République de l’abaissement de l’âge de l’instruction obligatoire à 3 ans.Une disposition législative allant dans ce sens serait proposée au Parlement en début d’année prochaine pour une mise en place effective à la rentrée 2019. « C’est une mesure ambitieuse d’égalité sociale » qui a pour objectif de permettre à tous les enfants de maîtriser les acquis fondamentaux à la fin de la scolarité obligatoire Et de donner toute sa place à l’école maternelle dans le système scolaire pour contribuer à cet objectif.

Si 97% des enfants sont aujourd’hui inscrits à l’école maternelle, cette scolarisation recouvre en réalité « des pratiques profondément différentes », a poursuivi Emmanuel Macron. La fréquentation de l’école maternelle ne concerne par exemple que 80% des enfants dans plusieurs territoires d’outre-mer. Des disparités territoriales et sociales s’observent également dans le temps de présence de l’enfant à l’école, puisque nombre de parents récupèrent leur enfant en fin de matinée – et certains « pour ne pas payer la cantine ». L’école maternelle n’est aujourd’hui « ni obligatoire ni pleinement reconnue », a considéré le chef de l’Etat, appelant à « construire l’égalité » en agissant sur ce levier de l’assiduité obligatoire.

L’école maternelle doit devenir l’école de la bienveillance, où l’équilibre entre l’affectif et le cognitif doit être recherché l’un renforçant l’autre, laissant toute sa place aux arts, ouverte sur les pédagogies innovantes pour devenir un lieu de confiance et d’épanouissement pour les enfants.
Parallèlement, le président de la République entend encourager « les innovations et les organisations » en matière d’accueil des moins de 3 ans. Il n’est toutefois pas question de rendre cet accueil obligatoire car, selon les enfants, ce n’est « pas toujours souhaitable », a-t-il souligné. Dans les quartiers les plus défavorisés, par exemple, il estime qu’il est « parfois bénéfique d’ouvrir l’école avant 3 ans, selon l’appréciation des élus et des professionnels de l’Education nationale ». Il a promis que « le gouvernement donnera les moyens » pour ouvrir des classes pour les moins de 3 ans dans « les endroits où cela apparaît pertinent ».

 En complément les interventions en audio et vidéo

http://www.education.gouv.fr/cid128334/assises-de-l-ecole-maternelle-l-instruction-obligatoire-des-3-ans.html#Retransmission_des_assises_de_la_maternelle

INSTRUCTION OBLIGATOIRE ou OBLIGATION SCOLAIRE ? (Extrait de Locatis info)
Emmanuel Macron a bien parlé d’instruction. Car c’est l’instruction qui est obligatoire, pas la scolarité. L’instruction n’est pas obligatoirement dispensée dans un établissement scolaire, elle peut avoir lieu en famille. Dans ce cas, il y a une enquête sociale du maire pour vérifier les conditions dans lesquelles l’enfant sera instruit et une enquête du Dasen (directeur académique des services de l’Education nationale) pour vérifier le contenu de l’instruction et la progression de l’enfant.
C’est le maire qui contrôle si tous les enfants de sa commune en âge d’être scolarisés le sont réellement. A chaque rentrée scolaire, il en dresse la liste et doit signaler au Dasen ceux qui ne sont pas inscrits dans une école (publique ou privée) ou qui n’ont pas fait l’objet d’une déclaration d’instruction dans les familles.
Dès lors que les élèves sont inscrits dans un établissement scolaire (public ou privé) leur assiduité est obligatoire, qu’ils soient en maternelle, qu’ils aient plus de 16 ans, ou encore que ses parents aient décidé de prendre des vacances en dehors des congés scolaires. 

Quelles conséquences pour nos jardins d’enfants relevant de la PMI ?

Nous sommes nombreux à nous questionner sur les conséquences pour les jardins d’enfants PMI de la décision de l’instruction obligatoire à 3 ans, ceux-ci sont très peu nombreux en France et ne concernent donc que peu d’enfants, il n’y en avait que 250 en 2013 accueillant 8000 enfants (environ 2 % de l’offre d’accueil des EAJE). Nous avons actuellement 6 Jardins d’enfants relevant de la PMI au sein de notre Fédération et une micro-crèche.

Il est encore trop tôt pour savoir, si cette décision d’instruction obligatoire à 3 ans remettra en cause l’existence des jardins d’enfants, nous ne connaissons pas encore les termes de la loi ni comment va se positionner le ministère de tutelle (Ministère de la santé et des solidarités).

En attendant d’en savoir davantage nous restons vigilants.

Patricia Chalet
Déléguée petite enfance

(à partir d’extraits de résumés et complétés par mes soins)